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L’Astrée d’Honoré d’Urfé : fortune et vicissitudes d’un best-seller au XVIIe siècle (en collaboration avec J.-M. Chatelain)

Résumé : Jean-Marc CHATELAIN et Delphine DENIS L'Astrée d'Honoré d'Urfé : fortune et vicissitudes d'un bestseller au XVII e siècle Appliquée à un roman tel que L'Astrée, la qualification de bestseller présente à l'évidence un caractère anachronique. Dans une société où la compétence de lecture demeure limitée à une élite de la population, et dans un monde de l'édition dont les structures de production, de promotion et de commercialisation ne sont pas adaptées à une diffusion de masse, le succès littéraire ne saurait atteindre l'effet quantitatif qu'enveloppe le terme contemporain de bestseller , tel qu'il s'est imposé dans le lexique français depuis les années 1950. Aussi n'en userons-nous ici qu'avec la prudence qui s'impose, en l'entendant non pas au sens strict du terme, mais comme une expression imagée dont l'emploi peut être justifié à deux titres. C'est d'abord que la publication du roman d'Honoré d'Urfé a très rapidement constitué un enjeu commercial pour les libraires 1 de la première moitié du XVII e siècle, au point d'ailleurs que non seulement la diffusion de l'oeuvre, mais aussi les étapes de sa création, entre l'édition originale de la première partie en 1607 et la première édition des cinq parties de la version « standard » en 1627, en ont été elles-mêmes affectées. Mais le terme de bestseller se justifie aussi dans un sens culturel : L'Astrée n'est pas seulement un livre qui s'est très bien vendu, mais aussi une oeuvre qui a pénétré largement et en profondeur la société des lecteurs de son temps, jusqu'à s'imposer comme une référence commune et devenir le formulaire des valeurs partagées par la société aristocratique et mondaine de l'âge classique. Telle est en effet, au milieu de l'abondante production romanesque que connut la France dans la première moitié du XVII e siècle, la singularité du succès du roman d'Urfé : lui seul est parvenu à constituer un monde de fiction dans les termes duquel il était loisible aux contemporains de décrire une large part de leur expérience, offrant un espace de réflexion aux manières d'agir et de penser, où, dès lors, le plaisir de lire tenait aussi à la satisfaction de se lire. C'est en ce sens qu'on peut entendre le mot de l'abbé Genest qui, dans sa dissertation sur la poésie pastorale de 1707, décrivait encore L'Astrée, un siècle exactement après la parution de sa première partie, comme l'oeuvre qui « passe pour le plus beau des romans » 2. Elle tendait en effet à l'aristocratie française un miroir où 1 Nous employons le terme de « libraire » dans son sens ancien, qui désigne non seulement celui qui fait commerce de livres, mais aussi celui qui les publie. 2 « L'Astrée qui passe pour le plus beau des romans nous découvre le plus parfaitement ce que c'est que le caractère pastoral à nostre égard » (Charles Claude Genest, La Poësie pastorale, ou de l'idylle et de l'eglogue, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1707, p. 154).
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https://hal.sorbonne-universite.fr/hal-02498792
Contributor : Delphine Denis <>
Submitted on : Wednesday, March 4, 2020 - 5:07:55 PM
Last modification on : Monday, May 11, 2020 - 12:06:02 PM
Long-term archiving on: : Friday, June 5, 2020 - 3:34:01 PM

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Citation

Jean-Marc Chatelain, Delphine Denis. L’Astrée d’Honoré d’Urfé : fortune et vicissitudes d’un best-seller au XVIIe siècle (en collaboration avec J.-M. Chatelain). Revue d'histoire littéraire de la France, Presses universitaires de France (PUF), 2017. ⟨hal-02498792⟩

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